#9 JAKADI : C’EST LA DERNIERE

Neuvième et dernier numéro de la saison pour “Jakadi”, la chronique de Jacques Livchine (co-directeur du théâtre de l’Unité) sur Pluie Violette.
Cela m’impressionne les Eurocks. Surtout que j’y reste de 9H le matin à tard dans la nuit. Une organisation démente. Il y a des systèmes de bracelets indétachables et chaque bracelet donne droit à certains accès. Tout le monde veut «village pro». Si t’es quelqu’un c’est le minimum «village pro», c’est magique, tu donnes RV au «village pro», au «village pro» tu croises tout le monde, tu te demandes comment tout le monde y rentre à «village pro». Baptiste me dit qu’il a eu le bracelet par un copain qui a son père qui a un copain qui bosse aux Eurocks ; mais dans «village pro», il y des issues cachées qui te conduisent à de supers salons VRP de luxe. Il y a l’espace Conseil Général, au milieu de «village pro». Je me fais refouler, pourtant le buffet - paraît-il - est succculent. Au-dessus de «village pro», t’as le backstage et sans doute des espaces rockstars, mais là c’est zone secrète, inaccessible et super protégée. La soute des Eurocks c’est le camping. Ils viennent de toute la France, c’est tribal, ils sont déjantés, ils scandent toutes les cinq minutes «apéro». J’ai le privilège de jouer devant eux, ils apostrophent les acteurs, les invectivent, ah du vrai théâtre populaire à l’ancienne, car maintenant même dans les festivals de théâtre de rue on est tranquille. Dans «village pro», t’as plate forme pro, pour ne pas te mêler aux gars du camping pour voir les concerts. C ‘est pas bien, il n’y a pas d’ambiance. Je redescends. C’est énorme. Sur un grand écran tu peux te voir, toi public, grâce à une caméra aérienne. Massive Attack, nous sommes 30 000. C’est carrément de l‘ordre du rituel antique. Mon pauvre petit théâtre ne tient pas le choc à côté. Mais je me dis : voilà l’esprit dionysiaque des origines du théâtre, il est dans ces musiques qui te rapprochent de la transe.
Pas le temps de laisser monter la transe. Demain départ pour Avignon.




