15 avril 2010

IMPETUS, LA PROG DECRYPTEE part1

 impetus

Il paraît qu’il y a des gens qui croient aux vertus curatives de la musique. Ces gens sont convaincus que la musique dégage des ondes positives, de “bonnes vibrations” qui stimulent les centres du plaisir à l’intérieur de notre cerveau, et y sont à l’origine de la sécrétion d’hormones euphorisantes qui permettent de lutter contre l’anxiété et la dépression…
Mon avis est que ces gens là n’ont jamais écouté Eyehategod.
Cela fait déjà un bout de temps que je traîne mes guêtres d’universitaire diplômé dans tout ce que la musique compte de plus barré et de plus maladif, et je dois dire que j’ai rarement entendu quelque chose d’aussi désemparé, d’aussi irresponsable et d’aussi dépravé que la musique de ce groupe… Oh, certes, il existe dans le vaste genre Metal des trucs plus bruyants, plus trashs, plus “apocalyptiques”… Mais peu parviennent à égaler Eyehategod sur le plan de la misère existentielle.
Lenteur/lourdeur de la section rythmique, tempo traînant, pachydermique, changements de rythme abrupts, insécurisants, galops de batterie inquiets, guitares suintantes, dégoulinantes, larsens récurrents, chant/beuglement méchant et plaintif, production atroce, grésillante, décharnée… Je vous passe la biographie narcotique des membres du groupe, et leurs lyrics qui feraient passer Jean Genet, Hubert Selby Jr. et Peter Sorros pour des écrivains de la collection Arlequin… Bref, tout dans la musique d’Eyehategod renvoie l’auditeur à ce qu’il y a de plus crade, de plus lamentable et de plus irrémédiable dans la nature humaine et dans sa propre existence. Et c’est ça qui est beau, au fond: constater que l’expérience esthétique peut être aussi forte, et comporter aussi peu d’issues…
Louons donc Impetus pour avoir fait venir ces “vétérans” de leur Louisiane natale, tant il est vrai que ce groupe est rare en Europe et qu’il a, en une vingtaine d’années de carrière, marqué au fer rouge une tripotée d’artistes et d’auditeurs dans la sphère des musiques extrêmes. Eyehategod est en effet le quasi-fondateur d’un des (environ) 1.200 sous-genres du metal, à savoir le sludge, auquel il a donné sa forme séminale dans ses albums des années 90 - dont le bien nommé “In the Name Of Suffering”.
Eyehategod se produira vendredi soir sur la même scène que nos sympathiques électro-body-musiciens peinturlurés de Punish Yourself, lesquels risquent de sonner un peu cheesy s’ils passent juste après le combo de Louisiane… Attention à ne pas marcher sur les seringues quand vous arriverez sur scène, les gars! En tout cas je vous narrerai dans un prochain post ce que donnera cette programmation assez expérimentale, voire franchement baroque, du vendredi soir: Eyehategod + Punish Yourself… Là on peut dire que pour du grand écart, c’est du grand écart! Façon gymnaste roumaine de 14 ans dopée aux anti-douleurs!! Je sens qu’il va me falloir une sacrée force mentale pour ne pas être méchamment perturbé par ce programme de dément. Seigneur tout puissant… Mais dans quel cerveau pervers et ravagé par les drogues une telle association a-t-elle bien pu germer? Et pourquoi pas Mayhem + Plastic Bertrand la prochaine fois, pendant qu’on y est?

Antoine G.

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