12 avril 2010

HIGHWAY TO IMPETUS

Impetus Festival

En ce jour glorieux où je prends la plume pour vous parler d’Impetus, un soleil radieux entre par ma fenêtre, des senteurs de printemps chatouillent ma narine, et tout mon être est tendu vers la célébration de la nature, des gens et de la vie. Mais je décide de renoncer à tout ce bonheur futile et glisse l’album “In the Name of Suffering” d’Eyehategod dans ma platine. Et c’est parti pour un grand après-midi d’anxiété poisseuse et introspective… C’est un peu ça, en fait, l’effet Impetus: un grand vent d’inquiétude qui balaye la sérénité des beaux jours, une grosse claque à venir qui résonne dans la quiétude pépère du paysage des festivals français.
Le bébé n’est pas encore tout à fait né qu’il présente déjà les signes avant-coureurs des difformités physiques les plus sauvages et les plus révoltantes. Festival dédié aux “musiques et cultures divergentes”… Doux euphémisme destiné à ne pas éveiller la méfiance de Christine Boutin, oui! Car dans le secteur des musiques extrêmes, la prog’ annonce du lourd, du tendu, du malsain, et non Christine, il n’est pas tout à fait certain que la sensibilité des croyants y soit pleinement respectée - et le niveau des décibels non plus. Les connaisseurs jugeront: Eyehategod (”I hate God”, got it?) et Agnostic Front y côtoient Kylesa, Membrane et Sludge!
Toutes ces déclinaisons du metal, serait-on face à un Hellfest en miniature? Que nenni! En fait, l’adjectif “divergent” est surtout à prendre au sens de “radical”. Et la radicalité ne se limite pas à un style de musique; elle désigne plutôt une démarche créative. On peut dire que c’est ça qui motive tous les groupes rassemblés ici: un parti-pris d’expérimentation dans leurs styles respectifs (post-hardcore, noise, sludge, mais aussi techno, rap, électro-rock, etc.).
C’est ainsi qu’Impetus semble avoir été conçu: comme un espace de rencontre et de dialogue entre des productions musicales relativement marginales, mais cohérentes, structurées, profondes et radicales. Et à mon humble avis, l’idée forte qui sous-tend la prog’ (il faut toujours une idée forte pour faire une prog’, sinon, paf, on se retrouve avec Rock en Seine) est la suivante: ces artistes seraient davantage reliés entre eux par leurs parti-pris formels, qu’éloignés les uns des autres par ce que l’establishment médiatique voudrait faire passer pour des tribus éclatées (les metalleux d’un côté, les rappeurs de l’autre, etc.).
L’enjeu est alléchant, et il faudra bien sûr juger sur pièce de ces cross-over, mais une chose paraît certaine: ça risque de défourailler sec en Franche-Comté le week-end prochain… (Je pourrais aussi dire: ça risque de “poutrer sévère”, “d’envoyer du gros sel”, ou de “sonner la charge façon Attila”, mais il faut que je tienne jusqu’au bout du festival, je ne dois pas gaspiller toutes mes métaphores…). Et vus les univers sonores et lyricaux de certains groupes, qui ne sont pas précisément ce que la majorité des gens qualifierait de “positifs” ou “d’aimables”, il est aussi probable qu’on ne passe pas notre temps à rigoler là-bas…
Demeure une question: qu’est-ce que moi, jeune et digne enseignant-chercheur de la région parisienne, l’espoir de ma profession et la fierté de mes parents, qu’est-ce que je viens faire dans cette galère? Pourquoi est-ce que j’écris ici, au lieu de corriger mes copies ou de regarder Arte? La réponse est: parce que D. m’a choisi, ou plutôt devrais-je dire, m’a élu. (Il faut dire que D. participe à la création d’Impetus.)
Or, depuis que je Lui parle de mes naïves pérégrinations à travers ce que la musique compte de plus expérimental et violent, depuis que Khanate et Giacinto Scelsi font l’objet de nos écoutes au coin du feu, le regard que D. porte sur moi a changé, je le vois bien. Et c’est cela, m’a-t-Il dit, la raison d’être de ce blog: il me faudra tenir le journal de l’expérience Impetus, comme une sorte de carnet de bord de mon périple dans des territoires musicaux boueux et escarpés, et tant pis si cette exposition soutenue à une prog’ maladive me conduit peu à peu au délabrement physique et moral, à la fin de ma carrière universitaire, ou à la maniaco-dépression.
Oui, tant pis, car avant cette issue fatale, j’essaierai de tenir le plus dignement possible la chronique de ces jours de musique et d’amour dans le beau pays de Belfort. Telle est la mission que D. et l’équipe d’Impetus m’ont confié.
Et si je la remplis, je pourrai alors me tenir fièrement devant Lui, et j’aurai alors le droit de Lui poser UNE question. Et là, je lui demanderai : “Ô D., que vient faire Punish Yourself dans ta prog’?”

Antoine G.

P.S.: je vais avaler une boîte d’anxiolytiques, et si les ambulanciers parviennent à me ranimer, je reviens détailler la prog’ dans un prochain post.

2 commentaires »

  1. Merci Monsieur Antoine G. !

    Commentaire par Manu — 13 avril 2010 @ 9:02

  2. que vient faire punish, la grnade question , Eyehategod avait tout dit !

    Commentaire par Behemoth — 20 avril 2010 @ 20:58

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