BATTANT PAVILLON VENDÔMOIS

A Vendôme (Loir et Cher), le festival des Rockomotives (prononcé « Rocko ») propose en fin de semaine et de mois d’octobre, un plateau musical d’après-midi de belle facture en la Chapelle St Jacques, référence nominale à Compostelle, posée pile sur l’itinéraire pèlerin. Début des célébrations vendredi, avec en ouverture et avant la pop indé et charmante, reprise en chœur, des canadiens Clues, celle minimaliste du trio anglais Micachu. Conduit par une jeunette androgyne agitée, ça reste joyeux et ça rigole entre les morceaux.
Les sessions chapelle se poursuivront dans l’allégresse le lendemain avec la bonne idée d’un plateau Talitres, label bordelais de grande tenue. Après le folk rock délicat mais appuyé de The Sleeeping Years, conduit par Dave Grundle, ex-leader des Catchers, on a bien cru devoir fuir les lieux face à la bande de hippies qui lentement prenait la scène.
Pas tant que l’on soit irrémédiablement allergique au look barbe-bonnet-djellaba-chaussons-chaussettes (quoique) mais force est de reconnaître que l’affaire vestimentaire de Montgomery Knott,vocaliste de Stars Like Fleas, trouble. Et puis passé l’intro nappe-synthé-harpe-bruits-de-bouche, assis on s’installe baba dans un univers guère éloigné de celui parcouru antan par le Matching Mole du merveilleux Robert Wyatt. D’un seul tenant, la troupe bariolée de Brooklyn déroule avec brio effets sonores, chansonnettes (presque) pop, cri primal, rupture et grondement rythmique. Les gosses du premier rang se bouchent les oreilles mais restent assis-sages pour la messe free à côté de papa-maman. Du coup, les suivants tant attendus Be My Weapon et son leader David Freel, ex-Swell, apparaissent un poil monolithique à toute la famille.
Mais à Vendôme, il n’y a pas que du songwriting avec grains de riz complet dans les poils de la barbe. Y a aussi du post-moderne dansant ! Y a surtout Battant ! No Head, l’album étêté et entêtant du trio londonien promettait, avec sa sécheresse new wave et post punk, des concerts tendus. Pour Battant, on a donc changé de lieu (Salle du Minotaure) mais surtout de niveau. Si on songe parfois à Siouxsie & The Banshees sans le carnaval gothique ou à des Young Marble Giants sautillants, c’est que Battant a en main LE jeu de cartes avec atouts : le son, la tension, le look (enfants battus-spécial Halloween) et des chansons-tubes sans gras (le single Radio Rod en exemple). Les riffs guitare sont minimaux, rares, justes et puissants. Tel D.A.F en version rock hétéro, sueur, rimmel, maquillage Foir’Fouille et peinture sang coulent sur les visages. Pour ne pas faire semblant de faire semblant. Look infirmière de guerre, la chanteuse Chloé Raunet, termine Highway Hopeful comme tous les autres morceaux, littéralement à bout de souffle. Et ça nous va bien.
jpr
photos : Hélène Baudin, David Debrito
Remerciements aux chefs Richard « troglodyte » Gauvin et Jocelyn « scripte » Borde pour l’accueil chaleureux en général et le casse croûte viticole en particulier.
Battant - Highway Hopeful
Stars Like Fleas - You Are My Memoir (Daytrotter session)
D.A.F - Der Mussolini
Matching Mole - Instant Pussy
