JAMIE, PETER ET KATE AUX EUROCKS

Alors que j’attends la navette sur le parking P12 à quelques kilomètres du festival, je reçois un coup de fil de Kate. Je sais parfaitement qu’elle ne pense à moi que quand elle a le moral au fond des chaussettes, aussi je la laisse un peu parler : « Hello Phil, est-ce que tu es déjà aux Eurocks ? J’aimerais tellement venir, mais s’il pleut et qu’il y a de la boue je vais de nouveau me retrouver en couv de tous les magazines avec mes bottes en plastoc… Et puis Jamie m’en veut encore parce que j’ai balancé son ordinateur dans la piscine la semaine dernière… Il a perdu six morceaux inédits de The Kills à cause de ma connerie ! Le pauvre… Est-ce que tu iras voir son concert pour me raconter ? Je voudrais tellement me relaxer avec un nice guy comme toi… I am so tired de ces rockers qui passent leur life à gratter leur instrument… I need un type sans histoires, exactly comme toi ! »
Ses jérémiades sans queue ni tête commencent à me lasser, mais je lui pardonne car je suis bien placé pour savoir que la vie de la « reine du cool » n’est pas si facile. Quelques heures plus tard, boosté par les concerts revitalisants de Noisettes et de Yeah Yeah Yeahs, je me fraie un passage jusqu’au chapiteau pour voir The Kills de près. A peine Jamie et Alison sont-ils sortis de scène que Kate me rappelle, vaguement inquiète : « Alors ? Was it nice ? » « Oui, super nice Kate ! » Je n’ose pas lui dire à quel point j’ai été subjugué par la prestation d’Alison. Kate est si susceptible… « Don’t you think que ça manquait un peu de dynamique ? » Kate a parfois des questions déroutantes. « Mais, non Kate, c’était very dynamique ! Ils ont vraiment une attitude bien cool tous les deux… C’est sûr qu’avec une batterie ça aurait encore un peu plus de pêche, mais ça ne serait plus le même projet. » Kate n’est visiblement pas convaincue : « Phil, est-ce que tu veux bien aller jeter un œil au bar du bouleau pour surveiller Jamie ? Avec toutes ces filles prêtes à tout, you know…» J’ai beau lui répéter que Jamie est sans doute déjà reparti, elle ne veut rien entendre et me fait promettre d’aller jeter un œil.
En arrivant dans le petit coin ombragé niché au bord de l’eau où les pros, les artistes et les journalistes aiment se retrouver, je crois apercevoir Kate qui me sourit, enfoncée dans un fauteuil défoncé. Mais le temps de commander une bière, elle a déjà disparu. Kate est-elle venue aux Eurocks incognito ou suis-je entrain de devenir complètement dingo après deux jours de festival un peu trop intenses? Le lendemain, alors que je viens de rater la fin du concert de Sophie Hunger, Kate se rappelle à mon souvenir : « Hello my love ! Alors, il ne pleut toujours pas à Belfort ? » No, Kate ! It’s raining again des trombes d’eau à Mulhouse et à Dijon, mais pas une goutte sur les Eurocks. C’est à croire que le festival a signé un pacte avec le diable… « Oh shit ! J’aurai voulu qu’une tempête emporte Peter au diable! Tu peux aller le voir, pour me dire s’il tient debout ? » Ok Kate, pour toi je suis prêt à tout, même si je n’oublie pas que tu m’as laissé tomber pour ce salaud il y a trois ans… A 22h20, Peter Doherty est au rendez-vous, sur scène avec son chapeau, son clope, sa guitare et deux danseuses en tutu. Le concert vient à peine de commencer que Kate me rappelle encore une fois, légèrement hystérique : « Hi Phil ! J’écoute le concert de Peter sur France Inter. Toujours pas de pluie ? » Je lève les yeux au ciel tandis que Peter allume une nouvelle cigarette sur le côté de la scène, histoire de s’éclaircir la voix. Le ciel est étoilé. Pas un nuage à l’horizon. La nuit promet d’être belle. Je raccroche sans avoir osé parler à Kate des deux danseuses en tutu. Alors que l’on approche de la fin du concert, Kate me rappelle surexcitée : « T’as vu ça, il reprend Billie Jean !!! Est-ce qu’il danse comme Michael ? » Je la rassure tant bien que mal, avant de raccrocher une dernière fois. Une reprise de Michael Jackson par Peter Doherty et toujours pas une goutte de pluie à l’horizon : Les Eurocks sont vraiment BAD cette année !
Philippe Schweyer / NOVO
