BASHUNG, L’ECLAIREUR

Samedi 14 mars s’éteignait un grand monsieur de la chanson française. Celui dont les airs résonnent encore dans la tête de chacun a fait deux passages remarqués aux Eurockéennes en 1990 et en 2004. Retour sur la vie d’un artiste qui a marqué plus d’une génération musicale.
Alors qu’Alain Bashung a définitivement cessé de psalmodier des mots qu’il chargeait d’une magie miraculeuse, on se surprend à se demander comment ce rocker paradoxal a pu nous entraîner dans des contrées aussi peu explorées sans jamais rien trahir. Au prix de quelques soubresauts périlleux (Play Blessures, Novice…), Bashung s’est très vite délesté des lourdeurs du rock référencé de ses débuts (Elsass blues !) pour inventer une musique de plus en plus ambitieuse, de plus en plus originale. Quant à nous, nous avons vieilli, changé, mûri, craché parfois sur d’anciens amours et même balancé aux oubliettes quelques disques périmés, mais Bashung a miraculeusement échappé à tous nos revirements, à tous nos reniements. Éclaireur éclairé, explorateur assoiffé d’expériences nouvelles, toujours volontaire pour se pencher au dehors au risque d’y laisser quelques plumes, il est resté aux avant-postes, premier surpris par tant d’audace. Jamais racoleur, le regard rivé à des sommets inatteignables pour mieux se moquer des modes passagères, il a jusqu’au bout conservé une longueur d’avance sur le gros du peloton de “la chanson et du rock en français” pour filer vers de nouveaux territoires de moins en moins faciles d’accès.
Déjà avec Gaby, son premier tube, il faisait résonner comme personne avant lui (surtout en France) des mots à prendre au premier, au deuxième ou au troisième degré. Des mots qu’il a continué à malaxer inlassablement comme on broie du noir en espérant tomber sur une pépite d’or. Des mots qu’il ne cessait de briser, de tordre dans tous les “sens”, pour mieux les recoller - quitte à frustrer parfois ses partenaires paroliers - afin de trouver la formule mystérieuse susceptible de convoquer assez d’images et de sensations pour que chaque écoute soit une expérience nouvelle. Avec le temps, les mots qu’il déposait avec une précision d’orfèvre sur ses petites symphonies, se sont obscurcis. La dernière fois qu’il est venu aux Eurockéennes en 2004, entouré de musiciens choisis avec le plus grand soin, il éclaira d’un jour nouveau les titres de Fantaisie militaire et de L’Imprudence. Projetées derrière lui, les images pourtant sublimes de Dominique Gonzales-Foerster, ne servaient pas à grand-chose, puisque Bashung, impeccable de sobriété retenue sur scène, n’avait besoin d’aucun artifice pour nous faire voyager dans ses grands espaces. Une fois encore, il avait tenu à réarranger radicalement ses morceaux comme pour mieux surprendre et continuer à avancer en terre inconnu. Jusqu’au bout, Bashung aura été un éclaireur, revenant à des mélodies plus lumineuses sur son dernier album. Sans renoncer à rien et surtout pas au rock qu’il chérissait tant, il a fini par rassembler et à se faire aimer bien au-delà de ses propres espérances. C’est aussi à ça, que l’on reconnaît un grand artiste. Un grand homme.
Philippe Schweyer

tres bel article
Commentaire par Sywi — 20 mars 2009 @ 12:38
alain tu nous manque!!!!
Commentaire par yeahyeah67 — 21 mars 2009 @ 0:12
Pour info, un concert hommage de la scène alsacienne aura lieu le 24 avril au Grillen de Colmar. Concerts gratuits !
Commentaire par Mat — 25 mars 2009 @ 15:16
En lisant le magnifique texte de Philippe, je me dis qu’il est temps pour moi de réécouter tout Bashung! Merci de continuer à mettre en ligne des textes écrits avec autant de finesse…
Hugues
Commentaire par Hugues — 31 mars 2009 @ 15:41