#6 BACK TO MONO : YOUNGER THAN YESTERDAY

Piqué au vif, Monsieur Loutte prouve ici même, en cette (ultime?) chronique, qu’il n’a pas l’âge de ses artères, encore moins de celui de ses héros.
Vous croyez que je ne vous entends pas maugréer ? Mes oreilles sifflent autant que piquent mes yeux. Mais il me plaît que cette chronique louvoie entre l’hospice et le mausolée, la brocante et la thanatopraxie, qu’on y glorifie septuagénaires, paraplégiques, anciens combattants, perdants magnifiques ou cœurs brisés tombés au champ d’honneur. Vous vous attendiez à quoi, avec un titre pareil ? « Back to mono », sincèrement, ça va bien au-delà du clin d’œil spectorien, ça sent la peur panique du pluralisme, ça sonne comme le baroud d’honneur d’un vieux con rétrograde qui s’échine à remonter le courant telle une truite saumonée, mais qui finira par s’échouer en plein delta du Mississippi, tout de blues mazouté. Mojo versus Tsugi, la naphtaline plutôt que l’ecsta, on peut remplir tout un ring comme ça.
Mais figurez-vous que j’ai des phases de rémission, qu’il m’arrive d’enchaîner sur mon iPod Skip James et Late of the Pier, de feuilleter le NME, d’assister à un set de Minitel Rose (mais avec un t-shirt Dylan ’65 sur le dos), voire de jeter un œil sur des blogs de jeunes. Et même de danser.
Pour preuve de ma bonne volonté, j’irai me ruer samedi 18H à la projection de « Between the Devil and the deep blue sea », de Romuald Karmakar, où se succèdent dans le bruit et la fureur les prestations, filmées en plans séquences, de T. Raumschmiere, Fixmer ou Cobra Killer. (Pas vraiment des broderies folk, donc.)
Enfin, pour clore les débats, il est temps de répondre à la question qui cette année comme la précédente semblait tarabuster le spectateur d’Entrevues : « C’est quoi la musique qui accompagne les bandes-annonces lors des cérémonies d’ouverture et de clôture ? - musique qui, et je suis au regret de vous l’avouer monsieur, m’a passablement vrillé les tympans, et ce à deux reprises. »
L’an passé, vos tympans ont été altérés par « Comfy in Nautica » de Panda Bear (extrait de l’album « Person Pitch »). Cette année, c’est à « Vacuum » de Gang Gang Dance (sur l’album « Saint Dymphna ») qu’est revenue cette basse besogne. Pas vraiment des broderies folk, donc. Encore que…
Ne soyez pas exclusifs, accordez à vos rétines le même traitement qu’à vos tympans, et guettez en février la venue de Gang Gang Dance au festival GéNéRIQ.
Bertrand Loutte
(ps : Une fois chassé, le naturel revient en traînant la patte. Avant le Karmakar samedi, je n’esquiverai pas « Andy Warhol’s Exploding Plastic Inevitable », puisque le Velvet Underground reste l’alpha et l’oméga de la musique que j’aime. Sinon, le titre de ce post est celui du quatrième album des Byrds, où Roger McGuin et sa bande reprennent « My Back Pages » de Dylan : « I was so much older then, I’m younger than that now ». Et demain ? Un rideau, cramoisi ou déchiré, tombera-t-il sur cette chronique ?)
Gang Gang Dance - Vacuum
