27 novembre 2008

# 5 BACK TO MONO : LABEL ROUGE ET TUBES MOROSES

 entrevues

Betrand Loutte pénètre dans le monde de Robert Wyatt faisant le lien entre l’artiste et Damon & Naomi. Nouvel éclairage.

Il y a dix jours, j’ai enfin pu mener à bien un trip sémantico-géographique initié il y a plus d’un an : dépêcher Loutte à Louth (Lincolnshire, près des côtes anglaises, plein est), pour aller filmer Robert Wyatt.
Wyatt, batteur de Soft Machine, exclu par ses petits camarades après l’album « Fourth », puis fondateur de Matching Mole, traduction pataphysicienne du précédent. Wyatt, défenestré par l’éthylisme en 1973, Lazare un an plus tard, par la grâce de « Rock Bottom », un des plus beaux disques de non-rock au monde. Wyatt qui voit ce mois-ci tous ses albums réédités (et en vinyl, please !) par Domino.

Notre homme va bien. Il est sobre depuis quinze mois, ce qui lui évite de se « mettre dans des situations ridicules », même s’il avoue trouver la vie moins drôle une fois les bouteilles de rouge remisées. Et lui qui avait collé sur sa lampe de bureau l’avertissement qu’idéalement on devrait trouver au dos des paquets, « Life’s a drag without a fag » (sans clopes, la vie est une corvée), lui qui rêvait d’une cigarette pipe-line qu’il allumerait au réveil pour l’éteindre au coucher, a arrêté de fumer du jour au lendemain. Simplement parce qu’Alfie, sa femme, doit bientôt subir une opération de la cornée et que d’ici là, le tabac lui est fortement déconseillé. Un exemple parmi d’autres de ce qui lie ces deux-là, un amour sans conditions, et qu’on devine inextinguible.
Pour le reste, rien n’a changé, Robert passe toujours ses journées à écouter ses vieux disques de jazz, étreint son cornet comme si c’était un ours en peluche, et balance d’affectueuses piques (« Good try, bad luck. ») au buste en plâtre de Lénine qui trône dans l’âtre de la cheminée.

Bon, comme 200 posts ne suffiraient pas à épuiser le sujet Wyatt, j’ai plutôt envie de vous inviter à écouter ma marotte compulsive du moment. « Une goulée d’eau pure dans un monde de soda » a un jour dit d’eux Wyatt (ou un truc du même tonneau, je n’ai pas retrouvé ma source). Eux, pour les hydropathes et les autres, ce sont Damon & Naomi, et l’album (avec une belle photo de Man Ray sur la pochette) a pour nom « More sad hits ». Je me souviens d’avoir beaucoup écouté ça à l’hiver 92, durant mon court exil strasbourgeois, et depuis quelques mois ces guitares océaniques m’emportent à nouveau quotidiennement. On trouve sur le premier album de ces ex-Galaxie 500 une reprise du « Memories » écrit par Daevid Allen, que Wyatt avait chanté sur la face b de son premier single solo, en 1974. Belle tentative, mais c’est le genre d’exercice (chanter après Wyatt) voué à l’échec. Par contre, tout le reste de l’album est proprement envoûtant, et fonctionne beaucoup mieux qu’à sa sortie, il y a 15 ans. Je bloque tout particulièrement sur le second morceau, « Little Red Record Co. », un écho coco au deuxième album de Matching Mole. Maintenant, j’ai beau prendre la chanson dans tous les sens, je n’ai toujours pas bien saisi la signification profonde de ces mots : « Mother’s close, and father’s close, but not as close as Chairman Mao. » Sûrement que je suis plus con que le plus con des Suisses pro-chinois…
J’aurai dû demander à Robert Wyatt. Je me suis contenté d’une seule requête, le prendre en photo avec le Damon & Naomi dans les bras. Il y a répondu comme pour toute chose, avec le plus affable des sourires.

Bertrand Loutte

(ps : Je m’autorise un peu d’auto-promo. Si vous voulez voir en mouvement ce que Wyatt appelle ses « couilles de Sandinistes », branchez-vous sur Arte ce vendredi 28 novembre à 20 heures. Et demain, promis, je rajeunis cette chronique.)

Damon and Naomi - Little Red Record Co.

1 commentaire »

  1. What a beautiful story.

    Commentaire par Aldo — 14 février 2009 @ 20:30

Laisser un commentaire

 

Les commentaires sont modérés. Ils n'apparaitront pas sur ce blog tant que le modérateur ne les aura pas approuvés.