# 3 BACK TO MONO : JOHNNY, FAIS-TOI MAL

Vivifié par l’air belfortain, Bertrand Loutte livre à la vitesse de l’éclair un 3e post à propos de tonnerre et de poudre.
Johnny Thunders à la Poudrière, fallait oser ! De la part de Catherine Bizern, grande ordonnatrice d’Entrevues et responsable assumée de ce saisissant raccourci, est-ce de la candeur, de la provocation, ou plutôt l’art aiguisé de mettre le doigt là où ça fait mal, à la saignée du bras ? L’image de junkie terminal qui colle aux boots de Thunders ne va pas se trouver écornée par la topographie aventureuse de cette programmation (« Unfinished » de Lech Kowalski, projeté dans le club belfortain le 25 novembre), mais je crains qu’à ce sujet la cause soit entendue, le cliché définitivement fixé. « Unfinished », c’est le bonus, un montage de rushes sauvés des eaux (forcément fangeuses) du Mudd Club de New York. Mais la vraie pièce à conviction a pour nom « Born to lose », signé du même Kowalski. Le cinéaste entame le tournage de son documentaire le lendemain même du décès de Thunders, retrouvé mort dans une chambre d’hôtel de La Nouvelle-Orléans le 23 avril 1991.
Il semble clair aujourd’hui que Thunders n’a pas été victime d’une overdose, mais de son simulacre criminel. Assassiné pour 2000$, une ordonnance de méthadone et une veste en soie en provenance de Bangkok. A la tête de 400 heures de rushes, Kowalski n’a cherché ni à maquiller l’emprise de l’héroïne sur Johnny (et toutes les saloperies qu’elle lui a fait faire), ni à verser dans la complaisance ou le rachat, type saint junkie et martyr. La dope était au cœur de la vie de Thunders, c’est juste un constat, dont on se serait évidemment bien passé.
Reste que Thunders a été poursuivi par une méprise, toujours persistante. « Born to lose », né pour perdre, que nenni. « Born too loose », né trop malléable, né sans discipline, voilà ce que Johnny s’éreintait à chanter. Victime d’une mauvaise posologie du double O. L’inconscient junk est structuré comme un langage.
Plombé ce post ? Plutôt que de l’huile sur le feu, mettons du baume sur les plaies. Et au cœur. « Hurt me », album acoustique dépenaillé, sera toujours mon Thunders préféré. C’est près de l’os et ça claque, ça épuise et c’est pourtant la caresse la plus douce qui soit.
Bertrand Loutte.
(ps : Les cieux sont vachards, tout de même. Ou alors eux aussi sacrément accros au mythe. La semaine où Belfort célèbre Thunders, voyez de quoi est recouvert le pavé. Je repense alors à cette expression que nous avions quand j’étais môme, sans me douter du sens qu’elle pouvait prendre, appliquée au guitariste des New York Dolls et des Heartbreakers. Comme une mise en garde, perdue d’avance : laisse tomber la neige, Johnny.)
Johnny Thunders - Hurt me

Le film de KOWALSKI est un documentaire parfois émouvant, souvent édifiant. Ce film a tendance à bégayer, et tourne sans cesse autour de la seringue . C’est, entre autre, pour cette raison que Richard Hell n’a pas souhaité y apparaître alors même que sa place y était naturelle. Car selon lui KOWALSKI vouerait une réelle fascination suspecte ou morbide, comme on veut, pour les junkies et tout ce qui gravite autour de ce petit monde.
En attendant, ne boudons pas le plaisir de revoir quelques moments d’une histoire que certains ont vécu en direct, avec parfois la funeste impression d’assister à la fin d’un chapitre. L’histoire en directe, branché sur le courant continu, Gibus 1982/1985. Reformations des Heartbreackers, sets acoustiques avec ou sans Henri Paul et les Intouchables, et aussi … le retour aux racines avec Mickey, celui-là même qui nous faisait vibrer - ses Stunners, bêtes de scène de légende, pas vrai JP ?
Johnny, c’est l’éternel fan de Link Wray et de Chuck Berry, fixé à l’insuline de Spector et obsédé par les Shangri Las, avant qu’il ne termine fumé par la vermine qui lui vendait ses produits miracle dans un hôtel miteux de la Nouvelle Orléans, à deux pas d’un autre sérial rocker, l’ami Willy De Ville.
Inutile de refaire l’histoire mais s’il doit rester quelque chose, avec ce swinguant SO ALONE tout de même …. ce sera définitivement HURT ME, au grand désespoir de notre ami Eudeline, qui ne semble pas du même avis au regard de ses derniers écrits sur l’homme en question. Mais oui, c’est bien là que Johnny dévoilait cette nudité presque impudique mais d’une sincérité tellement touchante, au-delà justement de toutes les frasques, mythes et clichés véhiculés par d’autres que lui et qui le dépassaient de toutes les façons totalement. Au-delà d’un IN COLD BLOOD putassier et de quelques Fugues avec Patti Palladin, HURT ME, c’est aussi un peu son Freewheeling, non ?
Un petit flash rapide par le Gibus de ces early 80’ies et de ces quelques gigs du Johnny, catastrophiques, improbables ou magiques. Un jack dans la LES PAUL JUNIOR et Pipeline pour l’éternité. Des Great Big Kiss à profusion et des complaintes, affalé au pied de la batterie de son pote Jerry Nolan, chantant le blues, celui de toujours, s’excusant aussi de n’être qu’un blanc qui essaie tant bien que mal de faire de la musique de noir. John Hammond, Mitch Ryder et Jeffrey Lee Pierce n’étaient pas loin.
Bon, après, tout le reste ne fût qu’une lente descente aux enfers inéluctable et à laquelle on pouvait refuser d’être invité.
En ce qui concerne le bla bla bla street credibility – n’oublions pas que le Johnny, lui ce qu’il voulait, c’était être une rock star, comme MICK, dans les années de son enfance perdue … et puis qu’il voulait comme certains autres sortir de son statut de petit prolo de Johnny Genzale, de ptit zizi d’immigré qui voulait porter des fringues outrancières et de nouvelles coupes de cheveux pour se distinguer de la merde ambiante.
LAMF restera malgré tout.
Pour info , et pour ceux que cela intéresse, au printemps 2009 paraîtra un quelque chose d’écrit avec quelques développements plus conséquent sur l’homme et ses amis de l’époque.
Nevermindod.
Commentaire par ROHMER — 25 novembre 2008 @ 14:37
Et qu’en est il de ce titre cultissime de Johnny T et marc Knopfler ” Satan Jockers” enregistré a NY et jamais paru ? Si qq le possede je suis preneur..
Bien vu Nevermindod , c’est aussi toi qui ecrit sur le blog de Dire Strait ????
Commentaire par michel laborde — 26 novembre 2008 @ 14:03
Enfin un connaisseur de la chose - mais oui je le recherche depuis longtemps ce titre, moi aussi, d’autant de M KNOPFLER vient du même village que moi au fond de l’Alsace perdue. Nous jouions ensemble étant mômes et sa maman m’avait confié la recette des spaeztle, il en a d’ailleurs fait un hit potentiel, mais hélas, comme celui que tu évoques, perdu dans la poubelle du club house où officiait ce fameux tennismen guitariste qu’était Mark.
Commentaire par nevermindod — 26 novembre 2008 @ 16:01
C’est bien la pe che nbixamere
Commentaire par Ma couille — 17 avril 2009 @ 8:28