# 1 BACK TO MONO : « YES, FAUST CAN ! »

Sélectionneur de l’admirable et recommandé Festival international du Film Entrevues (Belfort - 22 au 30 novembre - www.festival-entrevues.com), Bertrand Loutte, le temps du festival entre compétitions et rétrospectives, projections et débats, postera cette semaine, quelques échos de la pellicule et du vinyle. Le goût est sûr, la plume alerte. Premier post.
A quelques jours de l’ouverture d’Entrevues, il était tentant de revêtir les oripeaux clinquants du bateleur pour refourguer sa came et vanter les élus. Mais comme on aura tout le temps d’y revenir, il me semble plus juste d’aérer d’abord le Salon des Refusés. Il est finalement rassurant – et certainement assez cruel pour ceux qui n’en sont pas – de constater qu’une sélection, dans son âpreté, génère son lot de films enthousiasmants qui, en dernier recours, restent à la maison. « Ist Faust schön ? » de Julien Perrin est de ceux-là, et on peste de ne pas disposer de malles assez grandes pour l’emmener avec nous dans le Grand-Est.
Communément affilié au Krautrock (je persiste à croire que le titre « Krautrock » sur l’album Faust IV relève principalement d’une tentative ironique du groupe de prendre ses distances avec ledit mouvement – retro-pédalage dans la choucroute, donc), Faust reste une formation inassignable à une quelconque résidence musicale, à la croisée de trop de chemins pour supporter une étiquette. Surtout, et en dépit de son nom, Faust, ennemi farouche du compromis, n’est pas du genre à conclure un pacte avec qui que ce soit, et encore moins avec une méphistophélique industrie du disque. Celle-ci le lui rend bien, et il se dégage du film de Julien Perrin une indéniable mélancolie, le goût amer de l’inventaire (c’est là une des grandes réussites de « Ist Faust schön ? », qui parvient à passionner des spectateurs absolument pas concernés par la musique du groupe). Jean-Hervé Péron et Zappi Diermaier peuvent bien, en 2006, improviser un happening hilare sur le toit de leur ancien studio, dans l’école désaffectée de Wümme, ils ne sont pas dupes. Les utopies seventies ont pris du plomb dans l’aile gauche, le temps qui reste les autorise moins à effeuiller la marguerite qu’à égrener leurs cheveux gris. Il n’empêche, « ce chemin est le bon ! », psalmodie un JHP viscéralement plus attaché à la trajectoire qu’à la destination. Il sait aussi à quel point il est tortueux.
A l’heure où les gazettes autorisées s’emballent plus que de raison pour le moindre bourgeon préfabriqué (« cette soirée du 15/11 aux Inrocks, c’était vraiment pas moi », pour parodier la récente campagne Nokia), j’ai encore envie de croire que l’histoire de Faust peut s’écrire autrement qu’à l’imparfait du subjonctif. Bon, le film n’est pas à Belfort, vous pouvez m’accabler. Il a été montré ailleurs, il le sera à nouveau (et notamment à Rennes, aux Trans’, le 1er décembre). Pistez-le sur www.nokrautrockstory.blogspot.com, il repassera peut-être par chez vous…
Bertrand Loutte
(ps. : Le titre de ce post est à prendre avec précaution. Si l’écoute successive de Faust et Can tombe sous le sens, il n’est pas forcément nécessaire de s’administrer au préalable l’intégrale de Yes …)
Faust - Krautrock

on peut toujours accabler le gars bertrand pour l’absence à Entrevues de “Ist faust schön? ” mais le louer pour la présence de “Hard Time Killin’ Floor Blues” (docu sur le Jeffrey Lee Pierce du Gun Club). Demandez le programme.
Commentaire par jpr — 19 novembre 2008 @ 18:10
…A découvrir, à emprunter à l’Espace multimédia gantner à Bourogne (10mn de Belfort!)
Faust - The Faust Tapes - Rien
Et pour les fans de Dalek : Faust+ Dalek …
Bises
Valérie
Commentaire par Valérie — 20 novembre 2008 @ 14:20
Merci pour ce commentaire très juste sur ce film que vous avez parfaitement cerné. L’actualité du groupe est toujours foisonnante (3 disques prévus pour 2009) et les voir en concert reste un moment unique où tout est possible. Attention aux oreilles, attention à vos têtes. La tronçonneuse coupe vraiment quand Jean-Hervé traverse la foule avec…
Cordialement.
Julien P.
Commentaire par julien — 25 novembre 2008 @ 19:24